TAP : Théatre et auditorium de Poitiers

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La vie, vraiment !

En effet, mais où est donc la vraie vie ? Celle qui quotidiennement demeure si prévisible, celle qui oblige et nous contraint à tant d’impératifs ou bien celle qui, surprenante et colorée, fait battre le cœur, pétiller les yeux et éclaire l’esprit ?

Entre vie quotidienne et état du monde versus vie artistique sur la scène ou sur l’écran, mon choix est fait : les artistes « sentinelles » (comme les qualifiait le regretté Bernard Maris) provoquent la pensée, déplacent les évidences, enchantent les sens, montrent les voies.

Ainsi aurons-nous au TAP une saison très « politique », au sens noble du terme. Ni politique politicienne, ni politiciens véreux mais la ferme volonté de questionner notre désir de vivre ensemble et les grandes règles qui l’organisent.

Chef-d’œuvre clef de la saison, Ça ira (1) Fin de Louis de Joël Pommerat donne le la : au lieu d’appuyer à nouveau sur les points d’usure de notre démocratie, celui-ci s’emploie à nous replonger juste avant la Révolution française, au moment des derniers États généraux où, noblesse, clergé et tiers état s’affrontent une dernière fois mais où surgissent les concepts fondamentaux de la démocratie à venir. On le revit, haletants, dans les tribunes de cette société nouvelle en fusion.

De l’identité française nous parlerons avec sérieux mais aussi avec l’humour le plus ravageur des Chiens de Navarre (Jusque dans vos bras) ou dans l’explosif délire de Jonathan Drillet et Marlène Saldana (Reflets de France) qui mélange univers sadien, fascisme… et fromages français. L’identité des peuples se fonde volontiers sur ses musiques : vous n’en douterez pas avec les Sud-Africains de BCUC ou dans le rapport racines occitanes/modernité de notre Bal sous les étoiles, en plein mois de février, mais bien au chaud !

La politique faisant son miel des émotions collectives, c’est le thème que nous avons choisi avec l’Université de Poitiers pour cette édition des Rencontres Michel Foucault qui fera en sorte de décortiquer les mécaniques qui sont à l’œuvre. Un spectacle très singulier (Hospitalités) de Massimo Furlan viendra nourrir le thème de l’accueil des migrants et mettra sur scène les « vrais gens » d’un village basque français. Dans l’histoire des religions, les émotions collectives ont atteint un point culminant avec la musique soufie et les derviches tourneurs. Ceux que vous verrez viennent de Damas.

D’une politique à l’autre, les époques changent, les ruptures esthétiques les précédent ou les accompagnent. Nous les retrouverons avec nos orchestres associés aussi bien en musique contemporaine (Cocktail, In C) qu’en musique classique (Stravinsky, Debussy). C’est tout aussi vérifié dans le champ chorégraphique, le butō : rupture conséquente à la moitié du 20e siècle au Japon, provoque encore étonnement et émotion (Paradise de Dairakudakan).

Enfin, si comme je le crois la fiction est un mode d’accès privilégié au réel, goûtez à cette nouvelle génération de spectacles – typiques de notre époque – qui savent conjuguer les aspects documentaires à une dimension poétique très forte : Zvizdal, du Groupe Berlin, une histoire d’amour dans la Zone interdite de Tchernobyl ou To Da Bone du collectif (LA) HORDE sur ces danses virales qui zébrent le monde de leur énergie via internet, en seront de parfaits témoins.

Vous le voyez, avec l’équipe nous vous avons écrit une saison engagée, singulière et riche malgré les difficultés de l’époque. Profitez-en, venez rire, penser et vous émouvoir, tous ces artistes aident à vivre, vraiment !

Jérôme Lecardeur, directeur
jerome.lecardeur@tap-poitiers.com


Pour l’accompagnement de la réflexion, merci à : Lydie Bodiou, vice-présidente déléguée Enjeux de société de l’Université de Poitiers ; Frédéric Chauvaud, professeur d’histoire contemporaine, doyen honoraire de la Faculté des Sciences Humaines et Arts de l’Université de Poitiers ; Emmanuel Éthis, recteur de l’Académie de Nice, sociologue de la culture et vice-président du HCEAC ; Tilman Turpin, directeur de Sciences Po - Poitiers

 
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